GILLY

Peintre -

Ma démarche, qui privilégie la couleur et la matière et décline des formes simples, est résolument abstraite. La problématique qui la fonde renvoie au concept de dualité, voire de contradiction, entre l'individuel et le collectif, l'ancien et le nouveau,...Elle s'est le plus souvent matérialisée sur mes toiles selon une géométrie articulant horizontalité et verticalité ainsi que le montre la
série « Impressions croisées ».
Si, pour moi, l'oeuvre peinte est «cosa mentale», si elle se méfie du hasard, elle n'est jamais la simple projection d'un concept sur la toile: elle est toujours une construction concrète qui a sa propre logique plastique et qui se développe dans une résonance, un va et vient permanent entre l'idée de départ, le geste pictural, la matière peinte et la réalité du monde.
Témoigne de cette démarche la Série « Infinis » évoquant parfois des « marines » alors que mon travail ne propose a priori aucune anecdote. Tout se passe, dans cet exemple, comme si des paysages que j'ai pu aimer s'étaient « installés » dans mon imaginaire ou mon inconscient et pouvaient infléchir, voire réorienter à la fois mon idée de départ et mon geste plastique. J'aurais
tendance, pour caractériser ce processus, à parler, provisoirement, d' « abstraction figurative » - signifiant par là que ma démarche, abstraite, se nourrit en fait de la réalité du monde. Il m' apparaît d'ailleurs que plusieurs peintres, aujourd'hui, se retrouvent autour de cette problématique de porosité entre abstraction et figuration...
Précisément, c'est le résultat de ces va et vient qui est proposé au regard et à l'intelligence du spectateur sans aucunement en présager les effets sur sa sensibilité et sa réflexion, toujours singulières... mais en espérant l'inciter, en toute liberté, à se libérer de ses servitudes, à s'ouvrir sur le monde, notre monde et, pourquoi pas, à s'interroger sur ses fondements... et sur son éventuelle transformation.